Enquête en Normandie- Meurtres-frites à la crème, chap 1.


enquête cosy mystery lecture gratuite

Découvrez le 1er chapitre de l’enquête cosy mystery en lecture grauite du Tome 1 de Les Enquêtes de Charlotte Latourette. Un roman cosy mystery dans lequel Charlotte et sa mamie mènent l’enquête tambour battant sur les falaises de Normandie !

Présentation du roman policier :

Une « enquête cosy mystery» en Normandie !

Bienvenue à Tarteville-sur-Mer, petite ville normande au pied des falaises, où les habitants ne soupçonnent pas une seconde que le mal rôde…

Charlotte Latourette, revenue au pays, tient depuis trois ans La Pompadour, un petit restaurant coquet au bord de la faillite. Un soir d’hiver, elle découvre un cadavre sur un banc de la plage. Elle n’en croit pas ses yeux. Serait-elle témoin d’un crime ?
Mort naturelle ou homicide ? Le gendarme Valentin Pignal, enquêteur débutant, est sommé de mener l’enquête en dix jours sans aucune piste. Devant l’absence d’indices et de preuves, il se tourne vers Charlotte.
 Va-t-elle être à la hauteur de ce nouveau défi ? Épaulée par sa grand-mère chérie, va-t-elle résoudre le mystère de ce meurtre odieux et sauver son restaurant ? 

Bonne lecture !

Meurtres-Frites à la crème – Chapitre 1

Charlotte

La neige depuis une heure dépose son manteau blanc sur les toits et les rues de notre petite ville. Je relève la capuche de ma parka. La dernière fois qu’il a neigé à Tarteville sur mer, j’avais dix-sept ans. Je m’en souviens encore. Les falaises semblaient plus blanches que ce soir, faut dire que hors saison, elles ne sont plus illuminées artificiellement, – une décision du Maire pour faire des économies. Quel paysage ! Le vent s’engouffre avec les flocons sous ma capuche. Je frissonne de bonheur. La vie serait parfaite si mon restau marchait. En hiver, Tarteville se meurt un peu, alors survivre sans les touristes devient mission impossible.


J’ai dîné chez Mamie comme chaque mardi soir. Elle est pleine d’énergie et je me marre souvent avec elle. Je lui ai confié mes soucis avec le restaurant : continuer ou déposer le bilan ? Mamie a tout de suite compris que je tenais à mon entreprise, mon bébé. Elle m’a promis de trouver une solution. Des économies qu’elle aurait…
Je prends le chemin de la plage plutôt que celui des rues intérieures. J’ai besoin d’air. Malgré les difficultés financières, je ne regrette pas d’être revenue m’installer dans la ville de mon enfance. Paris, c’était bien, mais grand, trop grand. Ici, la grandeur vient de la nature pas du nombre d’habitants au mètre carré.


Les flocons flottent dans la nuit, ballottés par les bourrasques d’un vent qui vient du nord, puis se dissolvent dans l’océan tandis que sur la grève, les galets se drapent d’une poudre blanche et fine. Si on m’avait dit il y a dix ans que je tiendrais un restaurant de poissons, alors que je partais à Paris étudier Lettres Modernes à la fac, je n’y aurais pas cru une seconde.

la
légère
candide
capricieuse
tourbillonnante
ouatée
poudreuse
neige dont j’aime
la
lente lente
Chute

Extrait de « Ode à chacun » de Henri Pichette, édition 1988, Odes à Chacun (Gallimard Poésie)

Ces vers me traversent l’esprit alors que je gagne la terrasse Courbet. Le ressac fait gronder les galets dont les sons les plus sourds sont absorbés par la couche de neige qui s’épaissit. Les maisons, fenêtres éteintes, défient de leurs façades de granit les flocons ivres. Des restaurants pour la plupart et le petit casino qui n’ouvre que le week-end en hiver.

Arrivée en bout de terrasse, je la traverse pour emprunter la rue Courbet qui mène chez moi quand j’aperçois une silhouette sur le dernier banc qui fait face à l’océan. Elle semble anormalement immobile. Je l’interpelle. Le son de ma propre voix m’oppresse. J’avance vers le banc, éclairant de la torche de mon smartphone la silhouette en position demi-couchée, lui fais des signes de la main. Elle ne bouge pas d’un poil. Curieuse et en même temps un peu inquiète, je m’arrête, observe autour de moi, mais ne vois personne. Je décide de me rapprocher un peu plus. C’est un être humain sur le banc, un vrai. Je fais encore quelques pas, torche révélant son visage. Une femme. Je l’appelle.

— Madame ! Aucune réponse.

— Madame, Madame !

Je suis à ses côtés à présent. La moitié de son corps a glissé sur le banc, son bras pend dans le vide. Ça doit être très inconfortable cette position. Je lui secoue gentiment l’épaule tout en l’éclairant. C’est une dame âgée.

— Mais Madame, réveillez-vous. Vous allez attraper froid !

Elle ne réagit pas. Ses cheveux et son vêtement sont couverts de neige comme si elle avait passé 24 h dans un congélateur. Je lui saisis le poignet, lui tâte le pouls me rappelant l’examen de secourisme que j’ai passé quand je faisais mon training d’hôtesse de l’air à Roissy. Rien, pas une pulsion. Peut-être que je m’y prends mal, après tout, je n’ai jamais eu l’occasion de pratiquer un vrai sauvetage. Je relâche son bras, sidérée.

J’éclaire de nouveau son visage. Ses yeux sont grands ouverts et une marque violacée balafre sa joue. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que se passe-t-il ?Je ferais mieux de ne toucher à rien et d’appeler les pompiers ou plutôt la gendarmerie qui se trouve beaucoup plus près. J’ouvre la page contacts de mon smartphone, je possède tous les numéros d’urgence – quand on a un restaurant et une grand-mère de plus de quatre-vingts piges, il vaut mieux être équipée. Je compose le numéro de la gendarmerie avec une de ces angoisses. Il ne se passe jamais rien dans notre petite ville. Les flocons volent autour de nous dans tous les sens. Au bout de six sonneries – mais qu’est-ce qu’ils foutent -, enfin une voix me répond :

— Gendarmerie de Tarteville en mer.

— Je… il… il y a une vieille dame sur la terrasse.

— À cette heure ?

— Je veux dire… il y a un cadavre sur la terrasse. Venez tout de suite.

Le mot cadavre me met en mode panique, je ne sais pas comment il est sorti de ma bouche. J’ai les jambes qui se ramollissent et la gorge serrée tout à coup. Et si c’était un crime ? L’agresseur rôde peut-être encore ou je l’aurais dérangé au beau milieu de son larcin. J’en tremble.

— Pardon, vous pouvez répéter ?

La frousse me donne une logorrhée pleine d’agressivité.

— Mais monsieur, vous croyez que je n’ai que ça à faire ? Je suis la propriétaire du restaurant La Pompadour. Une vieille dame semble à moitié morte sur un banc en bord de mer.

— Elle est morte ou pas ?

— Je ne suis pas médecin.

— Vous vous trouvez où exactement ?

— Sur la terrasse.

— La terrasse de Tarteville ?

— Oui.

Mais il est idiot ou quoi ? Je suis en danger peut-être et il me fait répéter tout ce que je dis. Je vais exploser.

— À quel niveau de rue ?

— Rue Courbet.

— Je vous envoie une ambulance et une patrouille.

Je l’entends répéter mes propos dans le bureau. Il parle à ses collègues de permanence, puis il commande une patrouille.

— Ils arrivent. Vous voulez rester avec moi au téléphone ?

— Ils arrivent dans combien de temps ?

Question stupide la gendarmerie est à quinze minutes de la plage en voiture et à cette heure et en pleine tempête, il n’y a plus un véhicule qui roule.

— Ils devraient être là dans dix minutes, pas plus. Donc c’est sûr dix minutes et c’est plié.

— Ça va aller, je raccroche fièrement.

Et là, dans le silence de la nuit enneigée, seule, sans éclairage avec ce corps qui me semble de plus en plus mort, je commence à flipper grave. Et si l’agresseur rôdait ? Je décide de me cacher en attendant les secours. Je me colle contre le cabanon du club de kayak. De là, je peux voir venir de tous côtés. C’est la méthode Maigret, mon chat, qui ne se laisse jamais surprendre pendant une sieste. L’important est de voir venir. Ça me donne une avance sur le danger éventuel. J’éteins ma torche pour ne pas me faire repérer de loin. Le rôdeur évitera la plage. Avec les galets, je l’entendrai débarquer. Je me concentre sur les deux côtés de la terrasse, le dos flanqué contre les planches mouillées du cabanon.

J’entends la sirène d’abord, puis j’aperçois les flashes du gyrophare et enfin les phares de la Mégane des gendarmes. Tout le paysage me semble blafard d’un seul coup. Le Lieutenant, Valentin Pignal, récemment muté ici et un géant pour la région, se précipite sur le banc où la vieille dame repose, suivi de sa collègue, Muriel Lebrun – on se connaît un peu, elle était intervenue lors d’une bagarre de clients dans mon restau -, les touristes ne sont pas toujours des bisounours sous ecstasy.

Muriel est une petite brune nerveuse, très efficace et dont le regard semble toujours dire “on maîtrise la situation” comme dans les séries. Les voilà qui courent sur la terrasse, cherchent de tous côtés. Je sors de ma planque, le Lieutenant Pignal me saute dessus. Je me retrouve au sol, les mains dans le dos qu’il m’écrase entre les siennes. J’essaie de m’identifier, mais impossible d’articuler une seule syllabe. Il me retourne brusquement.
— Nom, prénom ?
Pas un mot ne sort de ma bouche, je suis terrorisée.
— C’est Charlotte Latourette, me devance Muriel, c’est elle qui nous a alertés.
Le Lieutenant me lâche sans s’excuser.
— Oui, c’est moi.
Je réponds d’une voix si faible que je me demande si je suis encore en vie.
— Adjudant, occupez-vous d’elle, je me charge de la victime.
Muriel me réconforte.
— Ça va ? Pas trop choquée ?
— Oui, non, j’ai eu une de ces trouilles. C’est idiot.
Le Lieutenant revient vers nous et lance à Muriel :
— Adjudant, annule l’ambulance, c’est pour la morgue.
Muriel est Adjudant, elle est montée en grade.
— Morte ? J’ai trouvé un vrai cadavre ?
J’en avais le pressentiment, mais de l’entendre me secoue. Je vais m’évanouir. Muriel m’ordonne de m’asseoir. Pignal appelle du renfort. Je suis prise dans un tourbillon et un déferlement de voitures et de personnes. On ne s’occupe plus de moi. J’ai froid et la fatigue me gagne. Je rêve de m’allonger dans mon lit douillet.
Flapie, je décide de m’approcher de la scène du crime pour trouver Muriel. Je l’aperçois aux côtés du médecin légiste, enfin j’imagine. Je fonce sur elle, des fois que je sois coincée encore une heure.
— J’peux rentrer chez moi ?
— Attends, je me renseigne.
Elle disparaît dans le chaos tandis que le médecin légiste s’occupe de la victime. J’ai juste le temps de voir le visage de la morte sous les projecteurs avant qu’un gendarme ne lui couvre la tête. Son visage me dit quelque chose. Je la connais sûrement. Muriel revient.
— C’est bon. Tu peux y aller. Si on a besoin de toi, on sait où te trouver. Tu préfères que quelqu’un te raccompagne ?
Je fais ma dure à cuire.
— Non, ça va aller.
Au bout de quelques pas, je me retrouve de nouveau plongée dans l’obscurité, l’éclairage municipal s’éteint à minuit. Uniquement les trois axes principaux de la ville restent éclairés jusqu’à l’aube.

Seule dans ma rue, je regrette de ne pas avoir accepté d’être raccompagnée. Le meurtrier croyant que j’ai tout vu pourrait bien me finir tranquillement sans que personne ne s’en aperçoive, les gendarmes étant tous monopolisés sur la plage. Je marche d’un pas rapide, essayant de produire le moins de bruit possible avec mes boots.

Quand j’arrive devant la porte de ma maison – je vis dans l’appartement qui se situe au-dessus de mon restaurant -, je suis tellement heureuse que j’en oublie qu’elle est verrouillée. Après avoir fourragé fébrilement mon sac de fond en comble, je finis par trouver mon trousseau de clés. Je scrute ma droite puis ma gauche, déverrouille rapidement et m’engouffre dans mon restau. Le corps plaqué contre la porte, je respire un grand coup, puis écoute la rue un instant, heureuse d’avoir échappé au pire. Pas le moindre bruit de pas. Je me boucle à triple tour et ainsi barricadée, je rejoins mon appartement.

Maigret se réveille et s’étire en me voyant. Je me déshabille et m’allonge. N’arrivant pas à dormir, je feuillette un magazine de cuisine. Il faut que je me calme. Je me demande ce qui a pu arriver à cette femme. Je pense l’avoir reconnue. Elle habitait dans une petite maison délabrée avec vue sur la mer au bout de la terrasse. Les agences immobilières en feront leurs choux gras. Cette maison est un bien immobilier de premier ordre, même en l’état. Emplacement, emplacement, emplacement. Elle a peut-être juste eu une crise cardiaque, à cet âge, c’est courant. Ou quelqu’un l’a tuée, mais qui ? Et pourquoi ? Que faisait-elle à la plage à cette heure ? J’aurais dû me défiler. Faire comme si je ne l’avais pas vue et laisser quelqu’un d’autre la découvrir à ma place. Quelle idiote. Je suis trop gentille. Je m’en ronge un ongle. Les nerfs.


Mamie va être super fière de moi, pour une fois que l’une de nous tombe sur un cadavre, de là à ce que ce soit un véritable meurtre… mais je divague. Je l’appellerai demain, elle ne va pas en revenir. Maigret saute sur le lit avec cette souplesse que Mamie lui envie, se frotte contre mon épaule. Je le caresse, il ronronne comme une petite machine bien huilée.
Il ne se passe jamais rien à Tarteville, sauf l’été parfois un touriste saoul qui fait du grabuge dans un commerce, ou la chute mortelle d’un autre touriste qui voulait la photo la plus spectaculaire pour mettre sur son compte Instagram, ou encore une bande d’amis qui ont parié qu’ils dormiraient sur la plage. Dormir sur des galets dans un sac de couchage n’est pourtant pas ce qu’il y a de plus confortable. Cependant, notre plage est l’une des plus belles de la côte, alors forcément, ça donne envie à certains d’immortaliser leur visite même si cela implique de braver le règlement. D’autres volent un galet en souvenir. Voilà quelques-uns des grands crimes perpétrés dans notre chère bourgade.

Fin du chapitre 1

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